Coups de cœur – octobre 2019

Coup de coeur de Vir: Bruxelles 1897

2–4 joueurs, 10 ans et +, 45 à 60 minutes
Auteur: Etienne Espreman
Illustrateur: Vincent Joassin
Editeurs: Geek Attitude Games, GDM Games
22,50 € chez Philibert

J’avais déjà évoqué dernièrement ma curiosité envers cette adaptation carte du jeu de plateau Bruxelles 1893, et mon impatience de le tester.Mon colis du célèbre meeple orange reçu, c’est chose faite!

Gros coup de cœur pour cette version intermédiaire et plus accessible de Bruxelles le jeu de plateau. Le thème sur l’Art Nouveau et son rayonnement est bien mis en valeur dans le jeu, les illustrations sont magnifiques et ne peuvent qu’inviter à flâner dans la capitale belge (un petit guide sur l’art nouveau et l’art déco à Bruxelles est d’ailleurs judicieusement fourni dans la boite).

Une partie se déroule en 4 manches. Chaque joueur démarre avec les mêmes cartes que ses adversaires et choisit de les utiliser:

gratuitement sur la zone Bruxelles (pour gagner de l’argent à la banque, choisir une action bonus ou activer l’effet d’un Notable). Certes, ce sont des actions gratuites mais à utiliser avec modération, la prison n’étant pas bien loin pour les architectes en abusant…

ou va utiliser les cartes Architectes sur le plateau Art Nouveau en payant sa valeur/ coût en choisissant un côté. Mais attention, plus la valeur de la carte est forte, plus elle permettra de sortir vainqueur du jeu d’influence qui se déroule à la fin de chaque manche et qui est capital pour gagner des PV: il faut à la fois réfléchir à la carte que l’on prend et sa place dans le tableau Art Nouveau pour marquer également des PV.

Sur la zone Art Nouveau, il est possible de prendre des matériaux, construire des bâtiments, réaliser de magnifiques œuvres pour les vendre ensuite aux enchères ou les exposer sous le nez de vos adversaires ébahis lors de l’exposition universelle que vous lancerez en piochant la carte du même nom. N’oubliez pas non plus les relations mondaines de la capitale pour vous attirer les faveurs des Notables locaux.

Le plateau piste de score reprend différents niveaux (Architectes, notables ou blasons) qui permettent de gagner plus de points de victoire selon la stratégie privilégiée.

On peut donc gagner des points tout au long de la partie et lors des décomptes d’influence de fin de manche. L’architecte majoritaire par colonne gagne le bonus associé, et les blasons de la villes constitués par les angles de 4 cartes permettent aussi d’accumuler des points. Le décompte de fin de partie comprend en plus les bonus finaux, les points pour les bâtiments, les cartes matériaux et le paiement des notables…

Le jeu est fin, élégant mais reste stratégique comme son illustre aîné. Les moyens de marquer sont multiples et se renouvellent en fonction des cartes disponibles lors de chaque manche. J’aime beaucoup la place que prend la stratégie en contre à ne surtout pas négliger lors de la pose de sa carte architecte. Son format « modéré » permet en plus de l’emporter partout: pour moi, c’est un sans faute!

Coup de coeur de El Stefano: Blackout Hong Kong

1–4 joueurs, 14 ans et +, 75 à 150 minutes
Auteur: Alexander Pfister
Illustrateur: Chris Quilliams
Editeur: eggertspiele
40,50 € en VF chez Philibert

Il m’en a fallu du temps mais j’ai fini par y jouer à ce Blackout. Alexandre Pfister m’avait déjà fracassé avec son Great Western et je n’en attendais pas mieux avec sa nouvelle progéniture.

Je passe sur les mécaniques qui ont maintes fois été décortiquées pour me focaliser sur l’expérience de jeu.

En résumé de ces deux heures de jeu à trois : cervelle lessivée, ludomètre interne en pleine effervescence, réseau combotique saturé d’endorphine. Quel jeu ! Tout s’emboîte et se dévoile en cours de partie dans une valse de mini-stratégies sur toute les zones du plateau. Le jeu est dur, exigeant, nécessite une belle concentration mais il n’en est pas pour autant complexe ou alambiqué. Pfister nous a offert là un bel exercice d’équilibriste.

Richesse, profondeur et rejouabilité pour seulement 40 euros. Sans artifice. Du brut ludique. Vous l’aurez compris, Blackout n’est pas seulement un coup de cœur, c’est aussi un coup de boule ludique !

Et puis pendant quelques secondes, j’ai pensé aux événements en cours dans le monde réel: Hong Kong qui se bat pour sa liberté.

Coup de coeur de Pat : Sabotage

2–4 joueurs, 10 ans et +, 60 à 90 minutes
Auteurs: Tim Fowers, Jeff Krause
Illustrateur: Ryan Goldsberry
Editeur: Fowers Games
64,95 € en anglais chez Philibert

Vous devrez certainement attendre un moment si vous espérez une VF. Mais personnellement, malgré mes résistances à l’anglais, j’avais pledgé dès le premier jour pour ce jeu parce que ses prédécesseurs sont toujours dans mes coups de cœur (Burgle Bros un coopératif pour faire le casse du siècle et Fugitive, un jeu en 1 contre 1 asymétrique dans la famille des attrape-moi si tu peux).

Ici encore le jeu est asymétrique, mais on joue en 2 contre 2 (la meilleure des configurations même si le jeu peut se jouer à moins). Chaque joueur incarne un personnage qui possède des capacités propres (ce qui donne une grande variété de parties selon les personnages choisis) et pourra en acquérir d’autres au cours de la partie. Les personnages se déplacent sur un plateau de 4×4 cases.

Les plateaux des équipes sont séparés par un paravent : la boite du jeu (la boite, comme les figurines et tout le matériel sont juste superbes, qui plus est pour le coût du jeu). À chaque tour, les équipes programment leurs actions (tenant compte des dés disponibles) et les réalisent ensuite dans l’ordre : d’abord les espions qui vont tenter d’attraper les méchants qui, eux, tentent de pirater / hacker des machines.

Un jeu de programmation, guessing et bluff. Les équipes communiquent, parfois à voix haute, essaient d’être stratèges, racontent des bêtises en essayant d’induire les adversaires en erreur ! Et quelle rigolade quand ton adversaire s’est trompé en plongeant dans le piège tendu. Et l’après partie est aussi un bon moment de plaisir, où chacun raconte les coups qu’il a préférés, comment il a réussi à tromper ses adversaires. Encore une bonne tranche de rires !

Coup de coeur de GeekLette : NINE

2–4 joueurs, 14 ans et +, 20 à 30 minutes
Auteur: Gary Kim
Illustrateur: David Sitbon
Editeur: Sorry We Are French
19,90 € chez Philibert

Koryo, du même auteur, est sorti en 2013 (si je ne me trompe pas). J’y avais joué, pour la première fois, avec Emmanuel Beltrando sur un coin de table du dernier bar avant la fin du monde (Paris). J’étais bluffée parce qu’avec si peu de matériel, on arrivait à avoir un jeu rapide, stratégique et simple.

Le principe de Koryo est revisité dans NINE, avec l’univers de Immortal 8, que j’apprécie particulièrement.

Je dois dire que le succès est garanti pour les gamers. Car là où Koryo était simple en famille, bof à 2, avec quelques petits problèmes parfaitement expliqués par Matthieu V. de SWAF ; NINE, lui, est une tuerie pour les gamers et il marche à 2. Et n’y allons pas par 4 chemins, on a là une profondeur de jeu et une interaction cruellement jouissives, et tout ça dans une durée hallucinante (30 à 40 minutes).

Sur le principe, rapidement. En 8 tours, vous devrez:

  • tous, piocher un nombre de cartes indiqué sur le tour en cours (vous pourrez défausser un jeton culture pour en piocher une de plus)
  • parmi ces cartes piochées, simultanément, vous pourrez en choisir 2 différentes ou toutes les cartes d’un même type (de -1 à 9). Il y a 9 fois le 9 , 1 fois le 1 etc… et 5 cartes de deux types à -1. Il vous sera possible d’en garder plus à condition que vous ayez le bon pouvoir.
  • Puis chacun à son tour, on va révéler les cartes choisies et les mettre devant nous (construction de tableau). Un par un toujours, vous allez vérifier carte par carte (chiffre par chiffre) si vous avez la majorité. Si oui, vous pourrez activer le(s) pouvoir(s). Donc selon l’ordre du tour, des joueurs n’auront pas encore toutes leurs cartes jouées mais vous oui donc les pouvoirs des majorités vont s’activer pour vous, mais vous pourrez les perdre pendant le tour d’un autre joueur qui pourrait vous rafler la majorité et à son tour activer le(s) pouvoir(s).
  • tous les joueurs vont défausser des cartes de leur tableau si le nombre max de cartes autorisées est dépassé. Evidemment, il y a un pouvoir (celui de Galmi) qui permet d’en garder 2 de plus 🙂

Les points de victoire se gagnent selon les majorités (si vous êtes majoritaires sur les 9 , vous gagnez 9 points etc), sur les jetons gagnés avec les pouvoirs, etc. Efficace.

Même après 6 ans, je trouve ce jeu toujours aussi malin et addictif. Je n’arrête pas de penser à ce jeu depuis qu’on y a joué.

Je le mets en coup de cœur car c’est un format de jeu expert peu représenté ; quand on attend une dernière personne pour une soirée jeux, quand on a un dernier jeu à sortir mais pas long, entre midi et deux, entre deux gros jeux, … Je le trouve indispensable dans toute ludothèque.

Pour les familles ou entre amis, j’aurai plutôt recommandé Koryo mais mon coeur de gamer est largement satisfait avec NINE qui met même une raclée aux plus grands, en plus d’être magnifique.

Une belle performance, encore, de la part Sorry We Are French.

Coup de coeur de BDPhilou : Last Bastion

1–4 joueurs, 14 ans et +, 45 à 60 minutes
Auteur: Antoine Bauza
Illustrateur: Pierô
Editeur: Repos Production
40,90 en VF € chez Philibert

Il y a 10 ans (déjà !) sortait Ghost Stories d’un certain Antoine Bauza. Un jeune auteur qui n’avait pas encore créé à l’époque la bombe ludique qu’est devenue 7 Wonders. Ghost Stories a remporté un beau succès critique et commercial puisqu’il a donné lieu à 2 extensions. Aujourd’hui, Repos Production nous propose une version rethématisée (mais pas seulement !) de ce jeu : Last Bastion. Bye bye les fantômes et l’univers asiatique et bienvenue aux chevaliers et autres nains rageux combattant des monstres peu enclin au dialogue constructif.

Last Bation est donc une refonte de Ghost Stories qui, à 1ère vue, ne révolutionne pas le système d’origine. A 1ère vue seulement car l’iconographie du jeu ainsi que certains détails dans les règles rendent l’ensemble bien plus fluide et abordable.

A son tour, le joueur actif devra d’abord ajouter une carte représentant un démon autour du bastion central. Cet ennemi apportera son lot de pénalités (faire perdre des points de vie ou de précieux jetons de couleur, faire apparaître des figurines « Emprise du mal », etc.). Ces pénalités se produisent au moment où la carte entre en jeu, durant chaque tour et/ou lorsque la carte est vaincue. Ensuite, le joueur actif peut réaliser un déplacement (avant ou après son action) et choisir soit de combattre une carte (en lançant des dés et éventuellement en les améliorant grâce à des jetons) soit d’activer le lieu du bastion où il se trouve (pour récupérer un point de vie, guérir un autre joueur, poser un piège, détruire 2 Emprises du Mal, etc.)

Les Plus :

  • Un matériel superbe : figurines et illustration au top,
  • Une iconographie très bien pensée,
  • Plus fluide et facile à appréhender que Ghost Stories,
  • Un excellent jeu coopératif dont le hasard des dés peut nettement réduire l’effet « Leader »,
  • Réellement très bon en multi comme en solo,
  • Un défi assez dur à relever (attendez-vous à avoir plus de défaites que de victoires),

Les moins

  • Un défi assez dur à relever (Oui, je sais, je l’ai aussi mis dans les plus ! 😉)
  • Avec un si beau travail graphique, dommage que le nom des illustrateurs ne figure pas sur la boite.

Last Bastion m’a vraiment beaucoup plu. Il faut dire que le matériel donne furieusement envie de jouer. De plus, l’ensemble est vraiment fluide une fois l’iconographie digérée. D’ailleurs, je vous conseille chaudement de faire une partie solo au préalable afin de bien les appréhender avant de présenter le jeu à des ami.e.s. Cela vous évitera de faire des allers-retours inutiles dans les règles. Le défi est vraiment présent et ne vous attendez pas à une promenade de santé : les défaites seront légion MAIS les victoires n’en seront que plus savoureuses. Si vous possédez déjà Ghost Stories, il faudra d’abord jouer à Last Bastion pour savoir si les magnifiques mises à jour graphiques et mécaniques méritent selon vous de repasser à la caisse. En tout les cas, si vous ne connaissez pas la mécanique de Ghost Stories, sachez que Last Bastion en est son plus bel écrin !

Coup de coeur de Gégé : Monster Slaughter

2–5 joueurs, 14 ans et +, 45 à 60 minutes
Auteur: Henri Pym
Illustrateur: Édouard Guiton
Editeur: Ankama
71,90 € en VF chez Philibert

Monster Slaughter est une boite que le blog a reçu il y a plusieurs semaines, de la part de Ankama. Et on a mis du temps à y jouer pour plusieurs raisons ou prétexte débiles : pas le temps de jouer, je préfère jouer à un autre jeu qui buzz, les figurines c’est pas notre came…

Et pourtant quelle erreur !!! On a joué à 3 en famille. 2 adultes, 1 enfant et chacun joue une famille de monstres (loups garou, vampires,…) . On n’a pas vu le temps passer et le côté huit clos (terrain de jeu très petit) entraîne forcément des combats MAIS le côté génial c’est qu’à son tour de jeu on peut tenter d’attaquer un étudiant (une figurine PNJ : personnage non joueur), on ne peut pas attaquer les adversaires (en tous les cas, pas dans le jeu de base). Mais on doit demander aux autres adversaires s’ils veulent le défendre. Parce que bien cachés, vous avez des jetons d’ordre d’assassinat. Donc si l’étudiant visé est celui qui doit rester en vie pour vous jusqu’à la fin de la partie ou presque, vous devrez le défendre !

Et c’est ce côté là qui a énormément plu, car sous couvert de jeu de combat il y a un petit côté stratégique pour scorer le maximum. Et ce côté stratégique se retrouve non seulement

  • dans la défense des étudiants mais aussi dans le fait de cacher les étudiants (s’ils sont seuls dans une pièce ils se cachent donc on a tendance à attirer les adversaires ailleurs)
  • mais aussi dans la fouille des pièces qui permet d’avoir des cartes bien sympas qui ciblent une famille de monstres jouées par nos adversaires.

Un vrai régal ! En plus, il peut y avoir plusieurs adversaires qui souhaitent le défendre donc l’attaquant ne pourra certainement pas dévorer le pauvre étudiant bien protégé. « Quel dommage, ton attaque a échoué… ta famille de monstre n’est pas assez forte… veux tu choisir une autre famille de monstre pour la prochaine partie ?  » en effet la boite regorge de figurines! et finalement on aime bien ça !!!

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