Le jeu de société Covenant n’est pas passé inaperçu à Essen 2026. Et Iello l’a vu car ils annoncent la sortie de version française fin Août. Le 28 pour être précise 🙂
Si sa présence sur table m’a attirée, c’est définitivement sa mécanique qui m’a fait acheter le jeu et spoiler alert: 7 parties jouées et l’envie de rejouer est toujours bien présente.
1–4 joueurs, 14 ans et +, 100 Min
Complexité BGG : 3.71 / 5
Auteur: Germán P. Millán
Illustrateur: Enrique Fernández Peláez
Editeur: Devir (Iello pour la VF)
Boite achetée en anglais à Essen 2025
Introduction
Le serment est prêt, les pioches sont aiguisées. Après nous avoir fait voyager dans les esprits de la forêt (Bitoku) et les palais de l’Alhambra (Sabika), Germán P. Millán nous emmène cette fois sous la roche. Avec Covenant, édité par Devir, on ne rigole plus : il est temps pour les clans de nains de reprendre Karrak-Sür-Kazar des mains des forces obscures. Cette montagne sacrée et ancestrale est occupée par des horreurs telles que les goblins, les orcs et les trolls.
Mais ne vous attendez pas à un jeu de combat, c’est de la gestion pure ici.
Oubliez les nains de jardin. Ici, vous dirigez un clan de nains fiers et déterminés qui a prêté serment, le « Pacte » (le fameux Covenant) pour nettoyer les salles souterraines souillées par les monstres. Votre objectif ? Rebâtir la cité, forger des outils, trouver des reliques et, surtout, accumuler assez de gloire pour obtenir les faveurs du roi.
Mécanique principale de Covenant
12 tours et pas un de plus MAIS…
À première vue, le contrat semble serré : la partie est composée en 3 manches, et chaque joueur ne dispose que de 4 nains par manche (pas un de plus). Faites le calcul : vous n’aurez que 12 actions pour toute la partie. C’est court, c’est tendu, et c’est là que le génie de Millán opère. Car si le nombre d’actions est limité, leur impact, lui, est exponentiel.
Dans Covenant, on ne se contente pas de poser un ouvrier pour récupérer trois cailloux. On pose un nain sur un outil pour déclencher une action, parfois bonifiée si l’outil est serti, et si l’action est bien choisie, elle va activer une autre action (voire 2), une capacité de parchemin, un bonus car on monte sur une piste etc… Bienvenue dans une véritable machine à combos où chaque décision doit être pesée pour créer l’enchaînement le plus prolifique possible.
Au début de la partie, vous disposez de 4 outils principaux sur votre plateau personnel. Vous pourrez forger de nouveaux outils mais ce n’est pas une action principale de forger, c’est une action bonus à aller chercher !
Le nain que vous allez poser sur un outil (à votre tour) a une force entre 1 et 4 (évidemment on commence la partie avec 4 nains de valeur 1). La force du nain permet de gagner plus de ressources, de construire plus de bâtiments, d’emprisonner plus de goblins ou de mettre la main sur un troll !, etc… il faudra donc renforcer vos nains pour les rendre plus efficaces (et là encore ce n’est pas une action principale mais une action bonus à aller chercher).
Et si vous avez un peu de bière (si si), la force du nain augmente 🙂 (la bière est défaussée après utilisation, évidemment).
Vous n’aurez toujours que 4 différentes actions. Et même si vous forgez de nouveaux outils, ils ne donnent pas d’autres actions, les 4 actions sont les suivantes :
Il y a un outil à « forger » qui représente un livre (vous le voyez sur la photo du plateau personnel) et quand vous mettez un nain dessus, vous choisissez l’une des 4 actions que vous souhaitez activer. C’est un peu l’outil joker 🙂
La particularité du jeu c’est que les 4 actions principales déclenchent plusieurs actions/bonus secondaires :
- Augmenter la force de ses nains
- Forger un nouvel outil
- Sertir un outil
- Gagner un parchemin (qui donne des pouvoirs permanents)
- Gagner une pièce du roi (qui octroie un bonus ou une action quand on l’obtient, mais qui permet de gagner des bonus à la fin de chaque manche).
- Gagner une relique / coffre (qui donne des bonus ou des actions principales et secondaires !)
En fin de partie, vous gagnerez des PV sur différents éléments MAIS le petit plus de Covenant, c’est que les outils forgés sont dans une colonne qui permet de scorer sur un des 4 éléments différents du jeu. Exemple, en fin de partie, si vous avez 2 outils dans la colonne des reliques (coffres), chaque relique différente que vous avez obtenues durant la partie vous donnera 2 PV 🙂
Configuration idéale
J’ai joué à 2, 3 et 4 joueurs.
- Le jeu fonctionne dans toutes les configurations, je n’ai pas de préférence pour l’une d’elles.
- A 4 joueurs, il y a un côté course bienvenu sur le plateau principal qui se remplit vite.
- Par contre, évitez de jouer à 4 à votre première partie car la durée de partie sera alourdie par l’AP potentielle de la première partie.
A qui s’adresse le jeu ?
Les combos en cascade visent clairement les amateurs de « jeux velus » même si son thème particulièrement bien rendu le rend étonnamment intuitif après une ou deux parties. BGG annonce 3.71 / 5 sur l’échelle de la difficulté au même titre que Ark Nova, Nemesis Retaliation, ou encore Bitoku. Je pense qu’on est plus proche d’un Ark Nova (facilité d’explication mais certaine profondeur) que les autres où les règles sont quand même beaucoup plus denses.
Les plus
- Loin des jeux experts studieux, Covenant est amusant et agréable à jouer parce que nos tours sont riches.
- Les combos démarrent dès le premier tour ! Et ça c’est magique !
- Malgré les combos, le tour des joueurs n’est pas si long que ça (quand on connait le jeu)
- Les axes de stratégie sont assez nombreux, j’ai déjà gagné en ayant construit que quelques bâtiments alors qu’ils rapportent des PV à chaque fin de manche.
- La mécanique est solide. On pourrait craindre que cette cascade de combos ne finisse par rendre la partie bordélique mais il n’en est rien. Tout s’emboîte avec une clarté surprenante.
- Les actions principales et les actions secondaires bonus sont d’une efficacité incroyable. Ne pas pouvoir forger un outil en action principale est du génie ! On se surprend à vouloir jouer une action bonus donc à chercher l’action principale qui pourrait nous permettre de le faire. Ca me rappelle Inventions (de Lacerda).
- Les actions secondaires sont nombreuses, ce qui renforce la richesse du jeu.
- Il n’y a donc pas de place pour les tours à vide. Le jeu est court (12 tours répartis sur 3 manches) donc une action non bonifiée pourrait vous coûter la victoire.
- L’interaction est indirecte, il n’y a pas de destruction mais il faut faire attention à ne pas rendre disponibles des tuiles du plateau principal qui permettent de forger, d’avoir des pièces du roi etc.
- Chaque partie est différente ce qui rend le jeu encore plus rejouable. Pour moi, la rejouabilié d’un jeu ne dépend pas de la diversité des composants (plein de tuiles scoring, asymétrie,…), mais de la capacité du jeu à se renouveler à chaque fois que l’on joue. Je n’ai pas envie de jouer de la même manière à chaque partie et je veux changer l’histoire de la partie : Covenant coche la case 🙂
- On ressent le thème à chaque action
- Il a une belle présence sur table
- C’est marrant car je dis souvent d’un jeu comme ça qu’il manque des cartes car j’adore les jeux de plateaux avec des centaines de cartes (SETI, Underwater Cities, Natera…). Et dans Covenant, les combos viennent presque combler ce manque 🙂
- Matériel à manipuler très sympa !
Les moins
- La première idée qu’on se fait du jeu c’est qu’il n’est pas original (pose d’ouvriers avec force : c’est du déjà vu) mais personnellement cela ne m’a pas dérangée (c’est dans les vieux pots …)
- Le premier joueur ne change jamais (j’aurai aimé que ça tourne un peu) car quand la mise en place met en évidence deux trois tuiles bien sympathiques, le premier joueur a juste à aller les cueillir (les combos démarrent dès le 1er tour)
- Des erreurs d’édition sur la version anglaise (qui semblent ne concerner que ma boite?) : plateau un peu gondolé, une aide de jeu de 4 pages qu’on n’utilise que pour les bonus des bâtiments et la fin de manche, j’ai un jeton qui n’a pas la bonne couleur, des dos de tuiles erronés (apparemment ça concerne ma boite car d’autres à Essen n’ont pas eu le même problème)… Iello devrait corriger tout ça 🙂
- On se plaint un peu de la lisibilité car il est vrai que la montagne devient vite très occupée avec les bâtiments ou les monstres qu’on n’emprisonne pas
- Quand on connait le jeu, la durée du jeu est presque trop faible.
- Les cartes me manquent (lol) oui bon je chipote mais j’aime trop les cartes 🙂
Conclusion
Belle surprise que ce Covenant. C’est finalement le jeu d’Essen 2026 auquel j’ai le plus joué (sept parties) et, surtout, celui que j’ai le plus envie de ressortir. Chaque partie procure cette satisfaction rare de construire des tours toujours plus riches, où chaque action semble en entraîner une autre avec une fluidité remarquable une fois qu’on est habitué.
Germán P. Millán signe ici un jeu d’une grande élégance mécanique. Derrière une base qui peut sembler familière se cache une idée brillante : les actions les plus convoitées ne sont presque jamais accessibles directement, mais doivent être déclenchées au bon moment grâce à une succession d’actions et de bonus. Cette contrainte transforme chaque tour en véritable puzzle et donne naissance à des enchaînements aussi gratifiants que jubilatoires. C’est aussi ce qui renouvelle les parties et donne envie d’explorer de nouvelles approches à chaque fois, malgré une lisibilité de plus en plus faible sur le plateau.
Bien sûr, Covenant demande un petit temps d’apprentissage. Ses nombreuses possibilités peuvent impressionner lors de la première partie, mais les règles restent finalement assez intuitives grâce à un thème parfaitement intégré.
Et au-delà de toutes ses qualités mécaniques, c’est sans doute ce que j’apprécie le plus : Covenant n’oublie jamais qu’un jeu est fait pour s’amuser. Il est exigeant sans être austère, profond sans être pesant, et chaque partie donne envie d’en lancer une autre. Un pacte que je vous recommande de signer sans hésiter.
1–4 joueurs, 14 ans et +, 100 Min
Complexité BGG : 3.71 / 5
Auteur: Germán P. Millán
Illustrateur: Enrique Fernández Peláez
Editeur: Devir (Iello pour la VF)
Allez plus loin ?
L’univers des nains est un peu trop dense donc je vais rester dans le jeu de société.
2–5 joueurs, 10 ans et +, 45 Min
Complexité BGG : 2.50 / 5
Auteur: Serge Laget
Editeur: GRRRE Games
Nains c’est le mariage de la BD éponyme et du jeu Nidavellir.
A chaque tour, placez des mises face cachées pour recruter les meilleurs Nains de différents Ordres :
Bouclier, Forge, Talion, Temple et Errants.
Chaque ordre a une mécanique de jeu et une façon de marquer des points qui lui est propre.
Le jeu repose sur un système de « coin building » c’est à dire d’amélioration de ses pièces au fur et à mesure du jeu vous permettant de recruter les nains de votre choix.
Quand vous recrutez des nains de 5 Ordres différents, un Cognar (héros) vous rejoint et améliorera votre total de points de victoire.
Le jeu reprend la mécanique de Nidavellir et l’adapte à Nains, une bande-dessinée à succès publiée aux éditions Soleil.
Il n’est pas nécessaire de posséder ou de connaitre Nidavellir pour y jouer.
Les connaisseurs de Nidavellir auront une expérience de jeu complètement renouvelée.











