S’il y a bien un rendez-vous ludique que je ne manquerai pour rien au monde, c’est bien Paris est Ludique. J’adore cet événement et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, à titre personnel, il est associé à trois souvenirs qui me tiennent particulièrement à cœur :
- En 2013 et 2015, j’ai été sélectionné parmi les « Jeux de Demain ». Il s’agit d’un espace mettant en avant des créateurs en herbe afin qu’ils puissent présenter leurs prototypes au public. Une expérience passionnante qui m’a permis de voir, pour la première fois, de parfaits inconnus s’amuser avec mes créations. Je vous assure que c’est une sensation particulièrement jubilatoire d’observer des personnes extérieures à votre entourage s’approprier vos jeux.
- C’est également lors de cet événement que j’ai enfin pu rencontrer Geeklette « en vrai » ! 😊 [ merci BDPhilou, 13 ans… on n’avait pas de cheveux blancs à l’époque 🙂 ]
- Enfin, c’est aussi à Paris est Ludique que j’ai dédicacé les premières boîtes de mes jeux édités.
Au-delà de ces souvenirs, il se dégage de ce festival une atmosphère particulièrement détendue. On a presque l’impression d’être dans une station balnéaire… sans la mer, bien sûr ! Les stands des éditeurs, des associations et des boutiques prennent place sous de grands barnums. On s’y promène un peu comme à Disneyland, passant de stand en stand en toute décontraction pour découvrir les jeux proposés. Les tables sont déjà installées et une animatrice ou un animateur se fait un plaisir de vous expliquer les règles : que demande le peuple ? 😉
C’est aussi l’occasion de jouer à des jeux surdimensionnés ou de faire un tour à l’espace Jeux à Volonté, où des centaines de boîtes sont mises à disposition. Les plus chanceux, dont je fais partie, auront même pu partager un moment avec l’équipe de Rue du Jeu, qui y avait élu domicile pour son traditionnel « Meet Up ».
Mais je sais que si vous lisez ces lignes, c’est avant tout pour découvrir mes retours sur les jeux présentés lors de PEL 2026. Alors, allons-y gaiement !
Il est toutefois important de préciser que, désormais, je me rends surtout à Paris est Ludique pour présenter mes prototypes lors de rendez-vous avec des éditeurs. Cela ne m’empêche pas de rester, avant tout, un joueur curieux. Ainsi, la plupart des jeux dont je vais vous parler ont été joués dans le confort de mon domicile ou à la ludothèque de ma ville, et non directement sur le salon.
Les jeux de la hype !
Si vous suivez l’actualité ludique, vous savez sûrement que deux jeux captent pas mal d’attention en ce moment : Athlètes de Compètes (que j’ai découvert sur le salon) et Moon Colony Bloodbath (dont j’ai déjà un bon nombre de parties au compteur). Alors autant entrer dans le vif du sujet et vous donner mon sentiment sur ces deux jeux.
Athlètes de Compète
Si vous avez déjà rencontré des éditeurs pour présenter l’un de vos prototypes, vous savez que l’une des premières questions qu’ils vous posent est : « Ton jeu est-il bien équilibré ? » …
Bon, visiblement, pour Athlètes de Compètes, l’équilibrage n’était pas la priorité ! 😉😉😉
Ce jeu de course est une revisite du canonique jeu de l’oie. À son tour, chacun lance son dé et avance sa figurine d’autant de cases… MAIS (car heureusement, il y a un « MAIS » !), la partie se déroule en quatre manches. A chacune d’elles les joueurs incarnent un personnage différent doté d’un pouvoir qui lui est propre.
Les pouvoirs sont très thématiques : la Banane fait glisser ses adversaires, le Poisson s’accroche à une autre figurine pour avancer avec elle, le Génie rejoue s’il devine le résultat de son lancer de dé, la Bouche bouffe ses adversaires ou encore un autre personnage peut avancer directement de cinq cases au lieu de lancer le dé…
D’ailleurs, sachez qu’il existe sur certains sites ludiques (comme BGG) des personnages « non officiels » si vous souhaitez encore augmenter la variété.
J’y ai donc joué à Paris est Ludique à 6 joueurs, dans sa version surdimensionnée. Premier constat : les tables qui proposaient le jeu étaient constamment pleines et les rires fusaient de toutes parts. D’ailleurs, les cinq autres personnes avec qui j’ai joué m’ont toutes dit qu’elles avaient déjà fait une partie sur le salon tant le jeu leur avait plu.
À mon sens, pour apprécier pleinement Athlètes de Compètes, il faut réunir plusieurs conditions :
- Jouer à au moins cinq joueurs.
- Se moquer complètement de savoir qui remportera la partie. En effet, le jeu est un joyeux bazar : on pense avoir gagné parce qu’on est largement en tête, puis tout s’effondre à cause d’un mauvais lancer de dé et/ou du pouvoir complètement improbable d’un adversaire.
- Et surtout, accepter dès le départ que toute la partie ne sera qu’une immense blague.
Personnellement, j’ai trouvé que le jeu comportait une manche de trop et que certaines courses pouvaient s’avérer frustrantes. En revanche, je dois souligner la parfaite cohérence entre l’esprit volontairement débile et très casual qui se dégage des pouvoirs des personnages et leur design aussi improbable que jubilatoire.
La hype est-elle méritée ? Quoi qu’on puisse en penser, au final, c’est toujours le public qui décide. Force est de constater que le jeu a rencontré un franc succès sur le stand d’Iello : le stock de boîtes proposées à la vente en avant-première fondait comme neige au soleil (caniculaire 😉).
Cependant, si vous êtes du genre à vouloir tout contrôler, je vous propose une variante de mon cru (Enfin, elle est tellement évidente que ça ne m’étonnerait pas que quelqu’un y ait pensé avant moi ! 😉) : Jouez avec les règles normales. Une fois que chacun a révélé son personnage pour la manche en cours, chaque joueur pronostique secrètement l’arrivée en déterminant le 1er et le 2e à franchir la ligne d’arrivée. Chaque Personnage bien classé rapporte 3 points et chaque Personnage mal classé (mais sur le podium !) rapporte 1 Point. Ajoutez à cela les éventuels points collectés par votre personnage en durant la manche en actuelle. Ça rend le jeu bien moins frustrant car il va davantage dépendre de votre capacité d’analyse des personnages en lice que de la chance pure et simple.
2–6 joueurs, 6 ans et +, 30 Min
Complexité BGG : 1.15 / 5
Auteurs: Richard Garfield, Takashi Ishida
Illustratrice: Angela Kirkwood
Editeur: CMYK (IELLO pour la VF)
Moon Colony Bloodbath
Celui-ci aussi, vous avez dû en entendre parler. Peut-être même trône-t-il déjà sur l’une de vos KALLAX ?
Avant toute chose, il faut savoir que son auteur est à l’origine de deux véritables perles ludiques que je considère comme des classiques :
- Dominion, qui a clairement marqué l’histoire récente du jeu de société en popularisant la mécanique du deckbuilding.
- Kingdom Builder, qui a reçu un accueil plus mitigé de la part de certains joueurs, déconcertés par une mécanique en apparence très simple : piocher une carte, puis placer l’une de ses habitations sur le type de terrain indiqué.
Ces deux jeux ont pourtant un point commun essentiel : une rejouabilité quasiment infinie. Dominion grâce à l’immense variété de cartes qu’il propose, notamment via une véritable semi-remorque d’extensions ; Kingdom Builder grâce à des objectifs et des lieux qui renouvellent chaque partie.
Bref, cette longue mise en bouche pour vous dire que, s’il y avait bien un jeu que j’attendais de pied ferme, c’était Moon Colony Bloodbath.
Le principe est assez original : chaque joueur dirige une colonie de Terriens fraîchement installée sur la Lune. À partir d’une pile commune les joueurs vont pouvoir acheter de nouveaux bâtiments offrant de nouvelles possibilités, stocker des caisses, cultiver des pommes pour nourrir sa population ou encore piocher de nouvelles cartes…
Le tout baigne dans une ambiance rétrofuturiste très inspirée des années 1950-1960.
Dans ce cadre idyllique, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Peut-être qu’un robot cuisinier décime la famille qu’il était censé servir ou que vos cultures ne suffisent plus à nourrir votre population !
C’est là que réside tout le twist du jeu. Dans un premier temps, tout est prospère : chacun développe tranquillement sa colonie. Puis les robots se rebellent et tous les joueurs basculent en mode survie. La partie s’achève lorsqu’un participant a perdu l’ensemble de ses bâtiments et de ses habitants. Le vainqueur est alors celui qui possède la population la plus importante.
J’apprécie beaucoup Moon Colony Bloodbath. Cependant, en l’état, certains points m’ont laissé un léger goût d’inachevé.
À commencer par les choix graphiques. Je comprends parfaitement la direction artistique retenue, mais je trouve qu’elle dessert quelque peu le plaisir de jeu. Une ambiance visuelle plus chaleureuse aurait, à mon sens, encore davantage mis en valeur le chaos provoqué par la rébellion des robots.
Mon autre réserve concerne le manque d’interaction entre les joueurs… et pourtant, j’ai préféré mes parties à cinq joueurs plutôt qu’à deux. Pourquoi ? Sans doute à cause du plaisir un peu coupable que procure le spectacle d’un ou plusieurs adversaires voyant leur population se faire décimer pendant que la vôtre traverse la crise sans encombre.
Cela dit, connaissant les précédentes productions de l’auteur, j’imagine sans peine qu’il a déjà en tête tout un éventail de nouveaux bâtiments mettant davantage l’accent sur les interactions entre les joueurs.
La hype est-elle justifiée ?
Selon moi, la hype crée des attentes que le jeu, en l’état, ne parvient pas totalement à satisfaire. Je lui reconnais énormément de qualités, mais je doute de dépasser une dizaine de parties… ce qui est déjà très honorable. Le mode solo est d’ailleurs très agréable, même si quelques objectifs spécifiques auraient constitué un vrai plus.
À mes yeux, il manque surtout un peu de variété — notamment dans les événements, qui s’ajoutent toujours dans le même ordre —, ce qui appelle presque naturellement de futures extensions pour enrichir l’expérience.
Mais ne vous y trompez pas : Moon Colony Bloodbath reste un excellent divertissement. Il lui manque simplement un peu plus de profondeur pour atteindre la rejouabilité de ses illustres aînés.
Moon Colony Bloodbath est disponible chez Ludum et Philibert
1–5 joueurs, 14 ans et +, 45–90 Min
Complexité BGG : 2.12 / 5
Auteur: Donald X. Vaccarino
Illustrateur: Franz Vohwinkel
Editeur: Rio Grande Games
Les trouvailles
Manoir Bizarre
Celui-là, il me faisait de l’œil depuis un petit moment. Avec sa D.A. bien affirmée (comme très souvent chez Bombyx), difficile de ne pas être intrigué. D’autant plus qu’il faisait partie de cette poignée de jeux à être disponibles en avant-première à PEL. Je n’ai donc pas hésité un seul instant à me procurer une boite.
Au moment où j’écris ces lignes, je débute à peine. Très important (et on s’en rend compte dès la mise en place) chaque scénario est totalement rejouable. Donc, c’est bien plus que 9 parties qui vous attendent… Bien plus !
Quelle est l’idée du jeu ? Simple, l’Entremonde est devenue une destination touristique tellement prisée, qu’elle manque de manoirs pour accueillir tous ses touristes. Les joueurs vont donc devoir chacun concevoir le manoir répondant le mieux aux attentes des clients. Après avoir pris connaissance de la carte scénario et des règles spécifiques de la partie (incluant un scoring évolutif durant les manches), chaque joueur regarde secrètement l’une des deux cartes Invité Mystère (offrant un scoring qui sera pris en compte uniquement en fin de partie). La partie se déroule en 6 manches et chacune d’elle se déroule simultanément : Ainsi chacun récupère 3 cartes « Manoir ». Chacune d’elle représente une pièce à placer dans son établissement. Chaque joueur en conserve une et distribue, face cachée, les deux autres à son voisin de droite et de gauche. Ainsi, chaque joueur récupère 2 cartes Manoir en plus de celle qu’il a sélectionné. La carte sélectionnée sera placée en 1er dans son manoir. Ensuite, chaque joueur prend connaissance des 2 cartes qu’il a récupérées, il en défausse une puis place la 2de dans son Manoir. De plus, chacun vérifie s’il remplit une condition du scénario (par exemple atteindre un certain nombre d’escaliers) lui permettant d’obtenir des cartes « Avis » prenant la forme d’une carte Manoir classique mais offrant de précieuses étoiles. Ces cartes sont placées normalement dans le manoir selon une règle des plus logiques : pouvoir circuler dans toutes les pièces sans encombre.
Et alors, c’est bien ?
C’est TRES bien ! Evidemment, au moment où j’écris ses lignes, je n’en suis encore au début des scénarios mais les sensations sont bien là. Construire son manoir, devoir se dépêtrer avec des cartes qu’on ne voulait pas, lire les avis délicieusement délirants des clients… Tout ceci appuie fortement le thème du jeu. Celui-ci est respecté à 200%. A tel point que l’on ne peut s’empêcher d’être satisfait à la fin d’une partie… même si on ne la gagne pas. En effet, la fluidité des manches et les enjeux clairs que manoir Bizarre propose participent à l’immersion. Les dilemmes sont fréquents (Quelle carte je garde ? Quelles cartes je donne ?). Il est particulièrement gratifiant de réaliser des poses de pièces de son manoir en cascade. En effet, il peut arriver qu’au moment où l’on récupère et que l’on pose une carte Avis, celle-ci permette de remplir un nouvel objectif et ainsi de suite. Enfin, pour couronner le tout, le jeu est extrêmement généreux au niveau des fameuses cartes « avis ». Là où un simple nombre d’étoiles aurait suffi, le jeu de Bombyx offre une tonne de commentaires type « Booking.com » plus savoureux les uns que les autres. On rigole dans son coin en les plaçant dans son Manoir. Il est même possible de recouvrir une pièce ainsi. A l’arrivée, c’est un manoir protéiforme qui se teindra devant chaque joueur : Personnellement, j’adore !
Bref, vous l’aurez compris Manoir Bizarre, avec son ambiance ultra originale et sa mécanique simple et réussie, va atterrir dans ma valise des vacances (D’ailleurs, le format peu encombrant est idéal pour celà!). Je suis TRES impatient de connaitre les autres surprises que me réserve le jeu. N’hésitez surtout pas à le découvrir car pour moi, c’est la bonne surprise familiale de PEL 2026 !
2–4 joueurs, 8 ans et +, 20-30 min
Auteurs: Louis Blaise, Justine Vanhuffel
Illustrateur: Marin Duret
Editeur: Bombyx
FlipToons
Autre avant-première de Paris Est Ludique 2026, FlipToons est un jeu de deck building rapide avec une thématique ultra alléchante : Le casting de Toons ! Alors même si je peux déjà vous dire que celui-ci est un peu plaqué, les illustrations sont tellement réjouissantes que l’on a qu’une envie : y jouer. Dans FlipToons, les joueurs cherchent à regrouper le meilleur casting de Toons en cumulant un maximum de points de gloire. Simultanément, chaque joueur pioche les 6 cartes du sommet de son deck personnel afin de former 2 lignes de 3 cartes de Toons faces visibles. La disposition de ces cartes engendre souvent des effets permettant d’obtenir de précieux points de gloire. Ces derniers sont très importants pour deux raisons :
- D’une part, ils permettent de payer les actions de son tour (Soit renvoyer une carte, soit acheter une carte Toons dans le marché),
- D’autre part, le 1er joueur à atteindre ou dépasser les 30 points de gloire accélère la fin de partie.
Il est à noter que le marché proposant les cartes Toons à l’achat sera toujours réorganisé de telle façon que les cartes les plus intéressantes seront systématiquement les plus chères. Ceci n’empêche pas les joueurs d’avoir de temps en temps une opportunité en or qui se présente à eux. Cependant, vous l’aurez compris, les points de gloire restent le nerf de la guerre. Il faudra donc veiller à récupérer les cartes Toons qui matchent le mieux entre elles afin de maximiser à chaque tour son pouvoir d’achat.
A souligner que le jeu propose un mode solo tout à fait recommandable.
Bref, FlipToons est un bonbon ! Le type de jeu qui attire immédiatement l’œil et dont le design réjouissant ne peut laisser personne de marbre. En plus, la boîte est tellement petite qu’elle aussi trouvera sans peine une place dans la valise des vacances. Un jeu vraiment chouette que je vous recommande chaudement !
1–4 joueurs, 10 ans et +, 15–30 Min
Complexité BGG : 1.78 / 5
Auteurs: Jordy Adan, Renato Simões
Illustrateur: Diego Sá
Editeur: Thunderworks Games (Sylex pour la VF)
Alors ? C’était bien Paris Est Ludique 2026 ?
Ho que oui et j’espère que ce petit bilan vous aura intéressé. J’aurais aimé vous parler plus en détails des rencontres toujours passionnantes faites sur le salon. Comme par exemple mes échanges avec Vincent Broché, illustrateur de District Noir, qui m’a dédicacé ma boite de l’Ere des Masques ou encore du papotage avec Pierrick et Renaud Libralesso (co-auteur avec Yoel de First Player) lors de ma dédicace du jeu Leda. Mais n’ayant pas encore joué à ces deux jeux, il serait prématuré de vous en parler.
Enfin, difficile de conclure sans remercier les organisateurs, les éditeurs et surtout les bénévoles qui ont redoublé d’énergie pour que tout se passe pour le mieux afin d’accueillir les 14.000 visiteurs. J’ai d’ailleurs lu deux ou trois commentaires sur les réseaux sociaux parlant de succès en demi-teinte… et ben moi je connais un paquet de festivals en tout genre qui adorait avoir 14.000 visiteurs ! Bravo donc à toutes les personnes impliquées dans ce succès et vivement l’année prochaine !

















