INTERVIEW de Pierre-Yves Franzetti – HELVETIA GAMES

Interview menée par @BDPHILOU

 

On l’entend souvent, mais c’est une vérité : Le monde du jeu de société est vraiment très ouvert. Il est assez simple d’aborder un auteur dans un salon ou lors de discussion sur des forums spécialisés sur internet. L’interview que nous vous proposons aujourd’hui en est une nouvelle preuve. En effet, Pierre-Yves Franzetti qui dirige la jeune maison d’édition suisse HELVETIA GAMES a accepté de répondre à nos questions immédiatement et avec une grande simplicité. Voici l’intégralité de cet entretien avec toutes les infos sur les jeux actuels et quelques scoops sur l’avenir de la société !

Pierre Yves Franzetti

1)      Salut Pierre-Yves. Peux-tu te présenter auprès de nos lecteurs ?

Salut, je suis donc le fondateur de la maison d’édition HELVETIA Games, qui a vu le jour en 2012, et qui propose des jeux de société depuis 2013. Je suis marié, j’ai trois enfants, et je suis un joueur de jeu de plateau invétéré et hyperactif…

LOGO HELVETIA

2)      Tu es à la tête de la jeune société HELVETIA GAMES qui édite des jeux de société. Comment as-tu pris la décision de devenir éditeur ?

L’anecdote est assez rigolote. Je suis président d’un club de jeux depuis presque 10 ans et au sein de notre club, on avait la chance de recevoir quelques protos d’auteurs, voire d’éditeurs avec lesquels on s’entendait bien. Et si j’ai vu passé de tout, en terme de qualité, je suis aussi parfois tombé sur des perles ludiques.

Pour l’un d’entre eux, Christophe Borgeat, l’auteur de Shafausa, je l’ai aidé à trouver un éditeur, et en même temps, j’ai pris quelques contacts avec des fabricants, afin de connaître un peu mieux le processus de fabrication d’un jeu. J’ai demandé des devis, j’ai pris contact avec des traducteurs, enfin bref, je découvrais le métier d’éditeur.

A la fin de ce processus, j’ai pris contact avec Christophe, et je lui ai demandé : pourquoi pas moi ? il a accepté, et je me suis lancé.

 

3)      HELVETIA GAMES propose des jeux très différents mais se déroulant tous dans un même univers. Peux-tu présenter dans les grandes lignes le monde d’Helvétia ?

Oui, bien sûr. Helvétia est un monde imaginaire dans lequel on trouve des éléments d’un pays connu voisin du vôtre, mais surtout différentes régions caricaturées. C’est donc un monde composé de différents peuples : les elfes, les nains, les diplomates, les vampires, etc. qui doivent permettre aux joueurs de s’identifier rapidement avec un style de jeu.

Tous les jeux de la gamme se déroulent dans ce monde, et donc vous pouvez jouer les elfes dans Shafausa, qui auront donc les mêmes caractéristiques que les elfes que vous trouverez dans Unita, ou dans d’autres jeux.

En tant que joueur, je recherche une certaine profondeur dans la thématique. Créer un monde dans lequel se dérouleraient tous les jeux fut non seulement mon rêve à moi, mais surtout la base de notre ligne éditoriale.

 

4)      Le 1er jeu édité par HELVETIA GAMES  est « Helvetia Cup » : une simulation de football… avec des dragons. Comment as-tu fais le choix d’éditer ce jeu ? Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce jeu ?

Lorsque j’étais joueur, j’ai testé pas mal de jeu de foot. Et je me disais : ok, c’est bon. Si j’étais éditeur, je ne ferai jamais de jeux de foot, ça ne marche jamais. Et puis Grégoire et Frank sont venus me voir avec leur jeu, et là, j’ai flashé. J’ai tout de suite adoré ce jeu, je le trouve dynamique, rapide, et en même temps profond.

J’ai donc décidé de tenter l’aventure avec HELVETIA Cup, et je ne regrette pas. Ludiquement, c’est une perle.

 

5)      Helvétia Cup est l’un des rares jeux à proposer des figurines déjà peintes dans la boite. Pour un 1er jeu édité, est-ce que ce fût une sorte de défi ?

Un défi sûrement pas. Lorsqu’on commence, je crois qu’on ne voit pas vraiment dans quoi on met les pieds… Par contre, on a beaucoup testé le jeu, avec des jetons (comme dans Mr Jack), avec des carrés cartonnés (comme dans les wargames), avec des stand-up (comme dans Dungeon Twister). Et puis on a aussi testé le jeu avec les figurines de bloodbowl. Et je dois dire que le jeu avait vraiment un goût tout différent avec des figurines.

La deuxième étape, ça a été de choisir si on allait les peindre ou non. En fait, quand on faisait tester le jeu, on voyait bien qu’il ne s’adressait pas forcément à des figurinistes, mais au tout public, les jeunes adolescents en première ligne. Je ne les voyais pas prendre le temps de peindre. Etre figuriniste, c’est une passion. Tous les joueurs ne l’ont pas. Alors on a décidé de peindre les figurines, même si c’était plus cher. Les figurinistes n’ont de toute façon pas de problème à y mettre un fond noir pour repeindre par dessus.

 

6)      Envisages-tu de sortir de nouvelles extensions pour Helvétia Cup avec de nouvelles équipes?

Oui, bien sûr. Ce fut long, et j’espère que les fans de la première heure me pardonneront. Le problème avec des figurines pré-peintes, c’est que c’est vite cher, et qu’il nous a fallu du temps pour trouver le bon moyen de produire le jeu sans prendre trop de risque. On lancera donc un kick starter en septembre. J’attends encore quelques dessins de Lorenzo.

 

7)      Le 2ème jeu édité par HELVETIA GAMES  est Shafausa : Un jeu de gestion à « l’allemande » sur fond de mines exploitées par des nains. C’est un choix de proposer un jeu aussi différent de Helvétia Cup ?

Oui, et c’est pour cela qu’ils sont sortis ensemble. Chez HELVETIA Games, on voulait montrer ce qu’on tentait de faire : des gros jeux, avec une variante simple dedans, inscrits dans un monde profond et magique. Et le moyen de la communiquer, ce fut de les sortir au même moment.

Notre idée, c’est de faire des jeux qui nous plaisent, mais plutôt orientés Geek, avec une vraie originalité à l’intérieur.

Dans les 3 jeux, les mécaniques sont originales, on essaie aussi d’être originaux sur la mise en place, le plateau, les dessins, etc.

Et enfin, la version simplifiée, c’est un vrai jeu, et pas une version simplifiée du jeu Geek. Là où dans HELVETIA Cup tu as un wargame, dans la version Family tu as un jeu de parcours. Dans Shafausa, la bourse (élément central du jeu) disparaît dans la version Family. Et dans Unita, comme on ne trouvait pas de vraie différence, on a préféré ne pas mettre de version Family dans la boîte, mais seulement une variante.

 

8)      Comme pour Helvétia Cup, Shafausa propose plusieurs niveaux de règles. Est-ce une volonté éditoriale de proposer des règles permettant aux plus jeunes de se frotter à ce type de jeu ?

La première idée, c’est de démocratiser les gros jeux. Comme joueur, je me suis souvent retrouvé à devoir renoncer à certains gros jeux, à cause du public qui rejoignait ma table. De notre côté, on a essayé de proposer un jeu simple qui aurait le même goût en bouche que la version Geek. Ainsi tout le monde est content, et surtout, une fois la version Family assimilée par les débutants, pourquoi ne pas faire le pas et les transformer en GEEK ? C’est ce qui peut leur arriver de mieux, non ?

 

9)      Venons-en maintenant à Unita, le nouveau jeu édité par ta société. Peux-tu nous le présenter ?

Unita est un wargame familial. On y joue des troupes militaires qui se battent pour leur indépendance. Les règles sont simples (expliquées en 4 minutes dans une vidéo que vous pouvez trouver sur notre site), mais le jeu possède une profondeur démentielle, et je ne me lasse pas d’y jouer.

La mécanique principale est originale, et elle amène des situations incroyablement drôles ou étranges dans le jeu.

 

10)   Si la mécanique d’Unita est assez abstraite, tu as tenu à y ajouter un thème très fort. En quoi le thème te parait essentiel dans un jeu ?

Oui, comme je te l’ai dit, c’est ce qui m’intéresse le plus dans un jeu : le thème. Ensuite, le jeu doit être bon, bien sûr. Mais un bon jeu sans thème m’ennuie (c’est très personnel, je te l’accorde).

Donc en testant Unita, j’ai bien vu qu’on arrivait sur un jeu abstrait. On n’a donc énormément travaillé pour lui amener une profondeur thématique qui ne soit pas simplement collée.

En fait, lorsque tu joues à Unita, tu ressens très facilement les doutes et la solitude d’un général qui conduit son armée. Tu es amené à prendre des risques, tu dois décider vite, tu es étouffé par un sentiment de fuite en avant, tout en acceptant quelques revers inattendus. Tu peux tout calculer, mais les informations cachées (les deux seules : les cartes POWER et la nature de certains terrains) sont suffisamment stressantes pour instiller en toi juste ce qu’il faut d’incertitude.

J’ai aimé ce côté très thématisé d’Unita, ce qui en fait une certaine originalité pour un jeu de type abstrait.

 

11)   Unita, comme les deux premiers jeux d’HELVETIA GAMES, a fait l’objet d’un travail d’édition très poussé avec notamment de très belles illustrations. Peux-tu nous présenter les deux illustrateurs qui ont participé à l’élaboration d’Unita ?

Oui, bien sûr. L’illustrateur attitré d’HELVETIA Games, si j’ose dire, c’est Lorenzo Mastroianni, un français de Montpellier qui possède un immense talent, très sympa, et qui a tout de suite été passionné par l’idée de créer un monde dans lequel s’inscrivent tous mes jeux. Il n’est pas seulement l’illustrateur, mais nous débattons souvent, lorsqu’on amène quelque chose de nouveau dans le thème, et il est un précieux conseiller.

Sur Unita, Ismaël est venu nous rejoindre. Il est suisse, et avait travaillé sur les tuiles d’Archipelago, ou sur les cartes de Nosferatu par exemple. On s’est tout de suite entendu, et il me semblait parfaitement s’inscrire dans ma ligne éditoriale, puisqu’il a un dessin plus réaliste nécessaire à la réalisation de certains éléments du jeu. A nous trois, je sentais qu’on allait faire de l’excellent travail, et je pense que c’est le cas sur Unita.

On repart d’ailleurs tous les trois sur le tome 4.

 

12)   Pour conclure cet entretien, as-tu d’autres infos (croustillantes) à nous livrer sur le futur d’ HELVETIA GAMES ?

Croustillantes, je ne sais pas, mais on a beaucoup de projets en cours. Nous sommes en train de travailler sur le tome 4 qui s’appellera Carnaval à Sanagal : un jeu tout à fait original, où l’on incarne un magicien qui va tenter d’effrayer les autres peuples d’Helvétia lors d’un concours de magie très relevé.

On va lancer ce kickstarter pour 5 extensions d’HELVETIA Cup, oui, tu as bien lu, 5 nouvelles équipes !

On a une mini-extension pour Unita en préparation.

Et à plus long terme on travaille sur un roman, ainsi que sur un jeu de rôle qui aura pour décor le monde d’Helvétia.

SHAFAUSA 6

Merci d’avoir répondu à nos questions !

Merci à toi, et bon jeu.

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1 Comment

  1. Merci pour l’interview, j’aime beaucoup se projet de jeux fédérés autour d’un univers.

    Je connais les 3 jeux, ils sont différents (kubenbois, simu sport et abstrait/placement) et tous bons.

    J’étais perplexe sur Unita, mais j’ai craqué, le matos est sublime et effectivement on sent le thème derrière les dés !
    bonne continuation

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