La Granja : une ferme tout en souplesse

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La Granja est arrivée en français grâce à Pearl Games. Ce jeu initialement édité par SpielWorxx, a plu au grand Sebastien Dujardin et a donc traduit cet opus d’Andreas Odendahl et Michael Keller, illustré par Harald Lieske.

Ce jeu vous donne la possibilité de gérer au mieux une ferme à Majorque, vous allez récolter des ressources agricoles, les livrer aux marchés, élever des cochons, recruter des compagnons… Un jeu de ressource à l’allemande, avec des illustrations assez caractéristiques du style (bon elles ne sont pas maronnasses, ici une dominance verte/jaune assez claire… ça aide, ce n’est pas si pire…).

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Je ne vais pas vous présenter les règles vu leur densité (elles sont claires et fluides, juste consistantes). Rapidement, sur 6 tours de 4 phases, vous allez : I – jouez une carte, produire, achetez une tuile de toit, II – avoir un revenu, III – gérez vos livraisons et votre sieste (détermine l’ordre du tour, vous êtes à Majorque, thématique ^^), IV- refaire le set up pour le prochain tour.

Ceux qui me connaissent savent que cet univers (thème/graphisme) ne m’attire pas vraiment. Mais alors pourquoi me suis-je intéressé à celui là ? Pour deux raisons : l’utilisation des cartes et la grande liberté.

  • Premier point : les cartes.

Plusieurs informations apparaissent sur ces cartes qui vont vous servir à presque tout. Sur la gauche, vous y trouvez des potentiels champs que vous pourrez récolter (blé, olive ou raisin). En haut, il y a les charrettes : de niveaux de 2 à 6, ceci représente leur difficulté (exigence sur les produits à livrer en quantité et/ou en qualité) et les points de victoire qu’elles vous rapporteront. A droite, des bonus de revenu, de livraison ou des espaces plus grands pour vos cochons. Et enfin, au centre, un compagnon et son texte expliquant le bonus qu’il offre.

Pour moi, tout l’intérêt du jeu est l’utilisation de ces cartes et les choix que vous êtes amenés à faire pour choisir telle ou telle partie de la carte. Et le « choisir c’est renoncer » s’illustre parfaitement ici. Une fois la carte glissée sous votre plateau personnel adapté, vous avez choisi votre upgrade mais vous avez fait une croix sur tout le reste.

Prenez en compte que vous allez jouer peu de cartes, une dizaine douzaine peut être, et qu’il y en a un joli nombre, vous êtes ici devant des choix difficiles et ce qui rend la partie bien tendue. C’est un jeu exigeant à maîtriser, vous êtes prévenus.

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  • Second point : la liberté.

En plus du dérouler des phases de chaque tour, vous avez la possibilité d’effectuer en permanence des actions libres. Vendre des marchandises, en acheter, les transformer et utiliser vos marchandises commerciales.

Ces caisses sont magiques. Elles vous permettent d’avoir de l’argent quand vous en manquez, de jouer de cartes supplémentaires, d’avoir des marchandises ou un cochon au bon moment. Elles sont la clé pour réussir de réels combos entre vos cartes choisies et vos objectifs de livraison ou de marché. Vous êtes clairement dans un jeu d’optimisation où vous avez plusieurs façons de le faire grâce à cette liberté.

Cela peut être un peu déroutant au début, car vous n’êtes pas guidés et on vous dit «marque le plus de points, tu peux faire ça ça et ça comme ça comme ça et comme ça… » « Euh… ». Mais en fait c’est plaisant dès la seconde partie car vous avez une foultitude de possibilités pour faire ce que vous voulez comme vous voulez (ou presque) et à la fin c’est le meilleur qui gagne. C’est un jeu exigeant à maîtriser, bis repetita placent.

Et tout ceci a amené à la découverte d’un troisième point…

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  • Troisième point : la variance des parties

En fonction du tirage initial des cartes, des choix des adversaires, de la course aux différents marchés (je n’en ai pas parlé mais ça va venir), toutes les parties sont différentes et de nombreuses stratégies sont envisageables : très portées sur les champs, ou pas du tout, upgrader sa ferme, rusher sur les marchés pour les bonus ou patienter pour les points de victoire, faire que des charrettes, faire en sorte d’avoir plein de sous ou au contraire marcher en flux tendu… bref déjà plein de possibilités…

Ajoutez à ça une interaction modérée et présente (ça reste un jeu de cube en bois, La Granja n’est pas un jeu d’affrontement…) l’interaction existe sur 3 niveaux :

  1. La piste siesta: détermine l’ordre du tour, l’ordre d’acquisition des tuiles toit, du dé de revenu, balance entre position/point de victoire/livraison. Ce paramètre est léger et facile à comprendre mais a des répercutions non négligeable pour le bon timing de votre partie.
  2. Les charrettes et la place du marché: chaque charrette vous rapporte des points et une marchandise commerciale et également vous pouvez placer un marqueur sur le marché central (sur une case de même valeur à votre charrette). Chaque marqueur présent à la fin du tour vous rapporte un point. Donc petit à petit, ça vous rapporte des points d’être présent. Mais en plus, si vous vous placez sur une case de valeur X, tous les marqueurs adjacents sur des cases de valeurs inférieures se font éjecter et cela vous rapporte des points (un point par marqueur éjecté). Donc là, interaction directe, timing, combo et nécessité d’une légère surveillance des charrettes et de leur niveau sur les plateaux des voisins…
  3. Enfin, les marchés: ils ne sont pas tous ouverts en début de partie. Si vous en achevez un, un autre s’ouvrira. Un marché terminé vous donne un bonus instantané puis permanent. Cela vous octroie également un nombre de points de victoire égal à la valeur du tour en cours. Donc finir un marché rapidement permet de bénéficier d’un bonus plus longtemps dans la partie. Mais finir un marché tardivement rapporte plus de points. Dilemme, choix tout ça tout ça. Mais ce n’est pas tout. Si vous êtes le premier à finir un marché vous avez un petit bonus. C’est cool. Si cela ouvre un autre marché, re petit bonus. C’est cool. Ce qui est important c’est l’ordre d’ouverture des différents marchés (qui sera différent d’une partie à l’autre), car vous devez le prendre en compte dans la programmation de vos actions, pour faire telles ou telles livraisons, récupérer ce bonus, avoir tant de points, avoir ce qu’il vous faut au bon moment… bref, de une fois tout ça en perspective, il y a de quoi faire de la muscu cérébrale !!

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Malgré un thème et un univers qui ne m’intéressent guère, les mécanismes qui se cachent derrière ont su me convaincre. La multitude de possibilités et de stratégies, le renouvellement des parties et la liberté d’exécution et de programmation des actions à optimiser en font un très bon jeu. Je comprends pourquoi Monsieur Dujardin a souhaité en faire la traduction, et si La Granja est votre calibre de jeu, n’hésitez pas.

Un jeu de Andreas Odendahl, Michael Keller
illustré par Harald Lieske
édité par Pearl Games en VF
date de sortie : 06/2014
de 1 à 4 joueurs
à partir de 12 ans
prix : 42,50 euros

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